[Dossier] Pourquoi j’aime les morts-vivants ?

Il y a quelques années, pas vraiment intéressé par les films de zombie et les films d’horreur en général, on peut dire que j’ai découvert le genre en passant par la grande porte. Dans la même journée j’ai enchaîné La Nuit des Morts-Vivants, Zombie et Le Jour les Morts-Vivants soit des références réalisées par l’homme qui a lancé le genre : George Romero. Captivé par l’ambiance et les relations entre les personnages, je n’ai pu m’arrêter de dévorer du zombie qu’une fois la pile de DVD épuisée ! Qu’est-ce qui justifie mon intérêt pour les morts-vivants ? En quoi les bons films de zombie nous font souvent davantage réfléchir qu’un film classique ? Quelles en sont les œuvres majeures et quel avenir attend ce type d’histoire ?

La fin du monde, bouleversement du quotidien

Les films de fin du monde font partie du cinéma depuis des décennies. On remarque qu’une grande majorité de films de ce genre mise sur le spectaculaire et les situations, avouons-le, invraisemblables. L’un des derniers exemple en date est le 2012 de Roland Emmerich. Si la première scène catastrophe prend vraiment aux tripes par son intensité, les autres manquent cruellement d’intérêt, chacune étant une surenchère de la précédente. La surprise passée on se rend compte que tout ça est un peu trop spectaculaire, que les personnages, sensés être des gens normaux, s’en sortent trop facilement, sont trop courageux et ont une personnalité clichée qui se limite souvent à leur rang social ou leur place au sein de la société.

On a fait le tour des fins du monde au cinéma, il faut donc innover, proposer quelque chose qui ne s’est jamais fait, choquer le spectateur pour le surprendre et le captiver. Certains l’ont compris, en témoigne La Guerre des Mondes de Spielberg qui met en scène des personnages banals qui n’ont pas le profil de héros et qui se retrouvent face à des situations extraordinaires. Sans être sanglante, chaque apparition des Tripodes du film choque le spectateur. Machines gigantesques, ils font du bruit, font trembler le sol sous leur pas, détruisent tout ce qui leur passe sous le nez et font des victimes par centaines.

Mais, plus encore que les scènes de destruction du film, ce que l’on retient c’est les relations entre les personnages et les émotions qui les animent. Une famille recomposée est au centre de l’intrigue et les frictions et divergences d’opinions entre les personnages les suivent tout au long du film. Rappelons aussi qu’une bonne moitié du film est un huis-clos au fond d’une cave entre Tim Robbins, Tom Cruise et Dakota Fanning et que c’est dans cette partie que l’on retrouve le plus de tension émotionnelle, le personnage de Robbins ayant une vision particulière sur la façon de gérer cette invasion.

Aujourd’hui, la fin du monde se doit d’être intimiste, à hauteur d’hommes, que ce soit en ce qui concerne le point de vue ou les émotions qui assaillent chacun d’entre eux et guident leurs choix et leur progression au sein de l’histoire.

Des survivants autour d'un poste de radio dans La Nuit des Morts-vivants de George Romero

Où je veux en venir ? Ce chemin que les films de fin du monde commencent à explorer, les films de zombies le foulent depuis leur naissance ! Les bons films de zombies (car il y en a plus de mauvais que de bons, il ne faut pas se leurrer) sont peuplés de monsieur-tout-le-monde qui mènent une vie banale, vont au boulot, ont des problèmes tout comme nous. Les personnages voient donc leur quotidien bouleversé par une apocalypse et n’ont d’autre choix que de devenir quelqu’un d’autre, d’avoir des comportements plus primaires pour assurer leur survie. Tout le monde se retrouve alors obligé de manipuler des armes, d’être plus méfiants que d’ordinaire, de fuir le danger voire, pire que tout, de commettre des meurtres.

On se met donc à la place des personnages, se demandant ce que nous ferions à leur place. Comme ils agissent rarement en héros on en vient à la conclusion qu’à leur place on agirait sans doute de la même manière. Du coup la curiosité nous fait rester jusqu’au bout du film pour savoir ce qu’il va leur arriver.

L’enfer c’est les autres

J’ai beau parler de fin du monde et d’apocalypse, jusqu’ici je n’ai pas encore traité du personnage du zombie en lui-même. Il y a une raison simple à cela : Ils ne sont que les catalyseurs de l’apocalypse. Leur apparition génère la panique, l’horreur, la violence, la folie. Ce n’est pas eux qui mettent en ruine des villes entières mais leurs habitants. Encore une fois c’est la faute à monsieur-tout-le-monde si notre univers sombre dans le chaos. Pour une personne qui va garder son calme face à la situation il y en aura vingts autres qui vont paniquer, hurler et provoquer des dommages physiques ou matériels !

Les tensions entre les survivants sont au cœur de L’Armée des Morts de Zack Snyder

Un parfait exemple du chaos généré par ce genre de situation est la scène d’introduction de L’Armée des Morts de Zack Snyder. On y voit une zone résidentielle littéralement s’enflammer et c’est à peine si les zombies apparaissent à l’image. Pourtant ils sont là. Tout le temps. Et c’est ça qui amène une telle ambiance aux survivals de morts-vivant. On ne les voit pas mais les personnages humains survivants, conscient de leur présence et des dangers qu’ils représentent, sont tendus, ont des réactions violentes et finissent par frôler la mort en prenant des risques.

Dans les bons films de zombies, les morts-vivants ne sont qu’un contexte, un prétexte, et restent en arrière-plan au profit du groupe de personnages qui tente de s’organiser au cœur du chaos. Le schéma classique de ce genre d’intrigue commence par la fuite puis la recherche d’un abri. Mais la découverte de cet abri ne signifie par pour autant que les personnages sont en sécurité. Il leur faut aussi chercher des provisions, des armes et des munitions et parfois grossir leurs rangs avec de nouveaux arrivants dont on ne connaît rien et sur lesquels il faudra garder un œil.

Quand il n’y aura plus de place en enfer…

Suite à un incident quelconque, très rarement expliqué dans les histoires du genre, une partie de l’humanité est contaminée et se change en morts-vivant, avant d’attaquer le reste de la population pour les dévorer et accessoirement les contaminer, afin qu’ils rejoignent les rangs des morts-vivants. Le problème des zombies c’est qu’ils ressemblent encore à des humains, malgré leur état de décomposition plus ou moins avancé. Et parfois ce zombie ressemble curieusement à l’un de vos proches dont vous êtes sans nouvelle depuis le début de l’apocalypse. Quand ça n’est pas un personnage qui subit la transformation carrément sous nos yeux, suite à une morsure ! Un terrible dilemme s’offre alors au personnage, face à une telle situation. Il doit éliminer la créature s’il veut survivre mais, en même temps, il n’ose pas tirer sur la personne qu’il a connu avant que le monde ne parte en vrille.

Les zombies sont lents, bêtes, ils sentent à des kilomètres mais ils sont surtout silencieux et terriblement nombreux. Il n’est pas rare de tomber nez-à-nez avec l’un de ces cadavres ambulants au détour d’un couloir. Il est là, tranquillement débout au milieu du passage et, comme ses semblables, il rode dans les parages sans but. Il faut alors se débarrasser de lui pour peu qu’il ne se soit pas déjà jeté sur vous. Trois possibilités s’offrent alors à vous :

– Esquiver, de loin la plus prisée et la plus recommandée, mais pour autant le danger de sa présence est toujours là et il y a peu de chances qu’il soit au même endroit la prochaine qu’il vous tombera dessus, puisqu’il va partir roder dans votre direction et se perdre quelque part où vous vous attendrez le moins à le trouver la prochaine fois.

– Pris de panique vous essayez de l’abattre. Une arme à feu parait la solution la plus sure. Certes, pour peu que, les mains tremblantes, vous arriviez à aligner son crâne, seule faiblesse pour assurer l’élimination de la créature, et à lui planter une balle dans la tête vous en serez débarrassé. Mais le coup de feu risque d’attirer bon nombre de ces congénères à l’ouïe fine multipliant le danger. Notez, par ailleurs, que vos munitions vont diminuer, proportionnellement au nombre croissant de mort-vivants. Allez savoir pourquoi…

– Gardant votre sang froid, vous décidez d’utiliser une arme silencieuse, en général de corps-à-corps, pour faire taire définitivement le monstre. N’importe quel objet du quotidien qui vous passe sous la main fera l’affaire (raquette de tennis, fer à repasser, chaise). A bout portant, les risques sont plus importants mais au moins vous n’avez plus à vous inquiéter de ce rôdeur ni des autres qui auraient pu accourir en cas de tapage.

Dans la série des 28 Jours Plus Tard mieux vaut savoir courir pour échapper aux infectés

Encore une fois, c’est l’humain qui est au centre des histoires de zombies. Ses choix et ses réactions face à des situations données guident sa destinée, font avancer l’intrigue et la rendent captivante. La crainte de voir mourir un personnage est alors constante, renforcée par le milieu hostile et les autres personnages, tous aussi imprévisibles les uns que les autres. L’Homme, face à une situation extraordinaire, qui se bat pour sa survie en tachant de préserver son humanité.

…les morts reviendront sur terre.

On l’a vu, ce qui m’intéresse dans les histoires de zombies ce n’est pas les effusions de sang et les scènes de cannibalisme. Oui, il y a du sang dans ce genre de films mais, puisque les morts-vivants sont mis en arrière-plan, ces scènes ne représentent qu’une infime partie du long-métrage. Bien sûr, face aux dangers encourus par les personnages, il est bien normal qu’à un moment ou un autre, une mauvaise analyse de la situation, un mauvais choix conduisent à la mort, souvent sanglante, d’un personnage. Il est d’ailleurs dommage que la violence graphique de ces histoires empêche un certain public de découvrir ces films captivants, reflets de la société et des comportements de chacun, face à une situation extrême. Surtout quand certains films de guerre ou policiers sont tout aussi violents si ce n’est plus ! Il Faut Sauver le Soldat Ryan n’a, par exemple, rien à envier au Jour des Morts-Vivants.

Les deux héros passablement attardés de Shaun of the Dead d'Edgar Wright

Les zombies reviennent à la mode depuis le début des années 2000. Ils sont maintenant rapides mais toujours aussi nombreux et on les appelle des infectés. L’Armée des Morts (Zack Snyder), que je regarde plusieurs fois par ans avec le même plaisir, ou les 28 Jours/Semaines Plus Tard (Boyle/Fresnadillo) font partie des bons films de zombies de ces dernières années. Dernièrement les deux [Rec] (Jaume Balagueró/Paco Plaza) ont poussé le concept plus loin avec la caméra subjective, mais on s’éloigne au final un poil du zombie original. On peut aussi y ajouter les parodiques Shaun Of The Dead et Bienvenue à Zombieland qui utilisent les clichés classiques du genre avec succès. Je ne peux que conseiller aussi les films de George Romero dont j’ai parlé au début : La Nuit des Morts-Vivants, Zombie et Le Jour des Morts-Vivants auxquels on peut ajouter Land Of The Dead et le suivant Diary Of The Dead (Je n’ai pas encore vu Survival Of The Dead, dernier opus en date). Bien que moins fins et plus blockbusters que la trilogie originale, ceux-ci apportent des idées intéressantes et dispensent toujours des messages sur les dérives de la société contemporaine.

Suivant l’effet de mode, les jeux vidéos se multiplient sur le thème, mais le seul parvenant véritablement à retirer l’ambiance de ce genre de film et l’aspect social reste pour moi la série des Left 4 Dead de Valve. Quatre joueurs, face à des hordes d’infectés, qui s’entraident pour progresser d’un abri à un autre. Bien sûr, on est plus proche d’un film d’action que d’un survival, comme au cinéma, mais en attendant un hypothétique « jeu de survie durant une apocalypse zombie » où l’aspect survie n’aura d’égal que l’ambiance étouffante du milieu, c’est ce qui se fait de mieux.

Car c’est du côté des développeurs indépendants qu’il faut se tourner pour trouver des jeux qui osent effleurer l’aspect survie et menace zombie. Là-aussi, on trouve de tout. Certains regorgent de bonnes idées, d’autres ont peu de qualités mais apportent une poignée de mécaniques inexploitées et pourtant essentielles pour ce genre de jeu. Certains sont aussi payants et d’autres gratuits. J’ai d’ailleurs déjà présenté l’un d’entre eux, le fameux Rogue Survivor, qui reste à ce jour et à mes yeux, le meilleur représentant vidéo-ludique de la race des « survival zombie« . Récemment un autre projet a émergé du lot : Project Zomboid. Développé par une petite team de passionnés, ce jeu encore en développement propose d’excellentes idées et promet énormément dans l’avenir.

Project Zomboid, un jeu indépendant qui promet

La littérature, quand à elle, est plutôt avare dans le genre. On a bien sûr les très connus Guide de Survie en Territoire Zombie et World War Z de Max Brooks. Si le premier est assez dispensable car plus Guide de Survie que En Territoire Zombie, le second est un vrai bijou. Alternant les points de vue sur une apocalypse de zombie qui a duré des années, chaque personnage raconte une étape précise des événements dont il a été un témoin plus ou moins direct. On y traite de politique, de stratégie militaire ou simplement de la survie, bref, c’est un véritable portrait contemporain de l’humanité qui trouve écho dans l’actualité. N’oublions surtout pas Je Suis une Légende de Richard Matheson, véritable chef-d’œuvre et précurseur du genre, même si les morts-vivants sont ici des vampires. J’ai aussi lu Un Horizon de Cendres de Jean-Pierre Andrevon qui, malgré un début lent, devient une vrai histoire de zombie dans sa dernière partie. Chroniques de l’Armageddon de J.L. Bourne s’est aussi avéré être une très bonne surprise. Même si l’auteur s’attarde peu sur l’aspect humain et les émotions des personnages, son traitement très réaliste de cette fin du monde et des événements auxquels se retrouvent confrontés les personnages font de ce livre un de mes préférés dans le genre : je l’ai dévoré en un week-end et ne pouvait pas m’arrêter, tant c’était prenant.

Les histoires de zombies partent d’une infection et quand on voit la psychose provoquée par certaines maladies ces dernières années (la grippe H1N1 dernièrement), on comprend pourquoi le cinéma, et l’art en général, s’intéressent à ce type d’histoire. Les gens aiment se faire peur et plus cette peur colle à leur quotidien, plus ils aiment ça. Pour ceux ayant lu ce dossier jusqu’ici, mais, malgré tout, toujours frileux à l’idée de regarder un film avec des zombies cannibales, dont la présence est, je le rappelle, mineure par rapport au reste du film, vous pouvez toujours vous tourner vers l’excellent Infectés sorti en 2010 et dont j’ai fait une critique ici. Vous y retrouverez tout ce qui rend les films de morts-vivants intéressants sans… les morts-vivants.

Walking Dead

Il me parait impensable de terminer ce dossier sans parler du monument qu’est le comic-book Walking Dead de Robert Kirkman. Pourquoi ne pas l’avoir évoqué plus tôt ? Simplement parce que ce comics est une véritable synthèse de l’histoire de zombies ! Son créateur a pris tout ce qui rend ces histoires si intéressantes et en a fait l’histoire de zombie ultime. Les personnages « humains » face à une situation qui les dépasse qui s’allient pour survivre le plus longtemps possible. Simple mais efficace et diablement prenant !

Le quotidien des survivants de Walking Dead

D’ailleurs, s’il n’y a qu’une seule histoire de zombies à suivre, à l’heure actuelle, tous médias confondus, c’est bien celle-ci, tant la qualité de son écriture et l’évolution de son intrigue frisent la perfection. Les surprises se succèdent, les personnages vont et viennent, survivent et meurent, et leurs personnalités et leur relations complexes évoluent sans cesse. Le must de cette BD c’est, qu’alors que les films de zombies se terminent forcément au bout de deux heures, laissant rarement les protagonistes en bonne posture, Walking Dead continue et les climax scénaristiques, qui en général clôturent les films du genre, se multiplient pour relancer à chaque fois l’intrigue vers quelque chose de nouveau et mettre les personnages dans des situations inédites tout en restant toujours crédible et réaliste.

Quatorze tomes sont déjà parus en France chez Delcourt et une série TV, dont j’ai déjà parlé ici, a débuté l’année dernière sur AMC. J’ai d’ailleurs moyennement apprécié la première saison qui s’est montré très décevante et pas du tout à la hauteur du comic-book. Je devrais commencer prochainement à regarder la deuxième mais, d’après les premiers échos, ça s’annonce toujours dans la même veine.

Après avoir cartonné dans les années 70-80, le zombie a disparu des écrans avant de faire un retour en force dans les années 2000. Devenu une véritable icône de la culture populaire, le zombie a depuis gagné sa place parmi les bestioles qui hantent les cauchemars et les écrans, aux côtés des monstres de l’espace et autre créatures génétiquement modifiées. Autant dire que, malgré son état de décomposition avancée, le zombie n’a pas encore fini de faire parler de lui !

Ce dossier est dédié à Funfab pour m’avoir fait goûter aux zombies la première fois. 😉

J’écris des histoires, conçois des jeux depuis près de 20 ans et je réalise des courts-métrages. J’ai créé le Suniverse en 2010 pour partager ma passion pour l’imaginaire, mes hobbies et présenter mes différents projets artistiques

2 commentaires sur “[Dossier] Pourquoi j’aime les morts-vivants ?
  1. Uriamu dit :

    La Nuit des Mort-Vivants. Un héros noir, Romero avait des couilles !

  2. Fab dit :

    Excellent dossier ! Merci pour la dédicace mon ami ^^ et merci au magazine Mad Movies de m’avoir initié au genre.

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